Extrait de l’écervelé

Rien de tel qu’un petit extrait pour vous donner envie de lire.

  Cathy apprit la nouvelle un peu par hasard. Elle rendait visite à sa mère, comme tous les jours pendant cette période d’été. Elle profitait ainsi de l’absence de son père l’après-midi, évitant des disputes inutiles. C’était devenu une sorte de rituel bien agencé. Elle s’entretenait d’abord dans la cuisine avec la gouvernante et lui offrait son aide pour la vaisselle. Mme Chiefton était une personne de confiance au service des Giraux depuis de longues années. Elle avait nourri Cathy et s’était occupée de son éducation pendant qu’Anna Giraux dirigeait les infirmières du département pédiatrique de l’hôpital universitaire liégeois.
– Prenez l’essuie. Aujourd’hui, c’est moi qui plonge.
  Madame Chiefton, grâce à son patronyme de gouvernante anglaise, cachait bien ses origines. Même si elle adoptait régulièrement l’accent anglais avec les visiteurs inconnus, elle était née en Flandre, fille d’un marin écossais qui avait fait escale dans le port d’Ostende.
Sa mère, de très petite vertu, l’avait confiée à l’éducation d’un client régulier et fortuné, notaire de son état. Les mauvaises langues dirent qu’il n’avait pas pu refuser sous peine de voir ses abjectes fréquentations étalées à la une des journaux.
  Bon joueur et habitué à gérer les biens des autres, cet homme avait alors inculqué à cet enfant de bonnes manières et lui avait assuré une formation de femme de chambre qui semblait correspondre à ce que sa naissance pouvait lui apporter de mieux. Et de notaire à fils de notaire, la future Madame Chiefton avait très vite rejoint la famille Giraux. Elle avait trouvé là, un travail stable, un repas et un toit et plus de tendresse et de réconfort qu’elle n’aurait pu en espérer vu ses modestes origines.
– J’ai une nouvelle…
  Cathy ne broncha pas. Elle avait l’habitude des nouvelles de Madame Chiefton. En général, c’était pour lui apprendre la naissance d’une cousine, la rupture d’un couple du voisinage et souvent le décès d’une vague connaissance.
– Vous souvenez-vous du petit ami avec qui vous jouiez dans votre enfance ?
  Cathy tressaillit. Elle pensa au pire avant de mettre un nom sur ce jeune garçon qu’elle avait chassé de sa mémoire. Sa réponse fusa.
– De qui parlez-vous ?
  Helen Chiefton éclata de rire. Sa poitrine volumineuse, agitée par des mouvements saccadés, imitait une tempête d’équinoxe en mer du Nord.
– Vous parlez d’Édouard ?
 La bouche de la domestique s’élargit encore davantage confirmant la réponse de Cathy.
– Vous avez des nouvelles d’Édouard !

… A suivre

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