Quel narrateur choisir ?

La première question à se poser est : qui raconte l’histoire ?
Et souvent, la réponse semble si évidente qu’on ne se la pose pas.
Pourtant, il m’est arrivé de me tromper de point de vue et de m’en rendre compte à la fin de l’écriture d’un roman.
Et là, les amis, c’est du boulot…

Alors, je ne vais pas rentrer dans la théorie, je n’en suis pas capable.
Je préfère les exemples…

Le narrateur – Édouard – raconte son histoire.

Cathy m’a installé à la villa de la rue Max Blondat dans le très chic quartier du seizième arrondissement de Paris. Ça me change de mon appartement bruxellois de cinquante mètres carrés à la chaussée d’Ixelles. Dire que je n’y suis pas à l’aise est un euphémisme. J’éprouve beaucoup de mal à poser mon derrière et à trouver mes marques dans ces meubles luxueux. L’argent m’affole, et cela depuis toujours. J’en ignore la raison.

Dans ce premier cas, le lecteur voit le monde à travers les yeux d’Édouard. Il voit ce qu’il voit, il ressent ce qu’il ressent. Le héros partage son intimité avec le lecteur. Ce dernier entre dans la psychologie du personnage.

Le narrateur raconte l’histoire d’Édouard.

Cathy l’a installé à la villa de la rue Max Blondat dans le très chic quartier du seizième arrondissement de Paris. Ça le change de son appartement bruxellois de cinquante mètres carrés à la chaussée d’Ixelles. Dire qu’il n’y est pas à l’aise est un euphémisme. Il éprouve beaucoup de mal à poser son derrière et à trouver ses marques dans ces meubles luxueux. L’argent l’affole, et cela depuis toujours. Il en ignore la raison.

Ici aussi, le lecteur suit un personnage précis, connaît ses pensées mais pas celles des autres.
Mais l’intimité disparaît. La distance est plus importante selon ce que le narrateur choisit de révéler.

Dans les deux cas, on parlera de focalisation interne. Le lecteur connaît un point de vue : celui d’Édouard.

Et si le narrateur en savait plus que tout le monde ?

Cathy ne lui a pas encore avoué mais elle est secrètement amoureuse d’Édouard. Elle l’a installé à la villa de la rue Max Blondat dans le très chic quartier du seizième arrondissement de Paris. Ça le change de son appartement bruxellois de cinquante mètres carrés à la chaussée d’Ixelles. Dire qu’il n’y est pas à l’aise est un euphémisme. Il éprouve beaucoup de mal à poser son derrière et à trouver ses marques dans ces meubles luxueux. L’argent l’affole, et cela depuis toujours. Il en ignore la raison. Robert, l’homme à tout faire de la maison, pense que c’est une très mauvaise idée, mais il se garde bien de le dire.

Cette fois, le narrateur dévoile les sentiments de Cathy pour Édouard et ceux de Robert, l’homme à tout faire, tout cela dans la même scène : on parlera alors de focalisation zéro ou omnisciente. Le narrateur sait tout sur tout le monde.

Ce type de narration devient vite périlleux à maîtriser. Je préfère, lorsque j’utilise plusieurs points de vue, les isoler dans des chapitres distincts. La théorie parlera alors de focalisation interne multiple.

Oui, je sais… ça se complique un petit peu. Et ce n’est pas fini.

Le narrateur en sait moins que ses personnages !

Mais il a une grande qualité : il est observateur !

S’il y a focalisation interne et focalisation zéro, il nous manque la focalisation… externe.
Voici ce que ça donne :

Cathy ne cesse de s’enquérir sur ses moindres besoins et lui envoie des sourires aguicheurs à chaque fois qu’elle le rencontre. Installé à la villa de la rue Max Blondat dans le très chic quartier du seizième arrondissement de Paris, Édouard a dû demander à Cathy plusieurs fois où se trouvait sa chambre. Il habitait précédemment un appartement à Bruxelles de cinquante mètres carrés à la chaussée d’Ixelles. Quand il croise Robert, l’homme à tout faire de la maison, ce dernier baisse les yeux sans lui adresser la parole.

L’histoire est racontée par un observateur qui ignore tout de ce que pensent ses personnages. Il ne décrit que ce qui est visible de l’extérieur. Des gestes, des paroles, des déplacements, des expressions, des actions. Sans jamais décrire les pensées ou les sentiments des personnages. On parlera de focalisation externe.

En conclusion.

Souvent on combine, on mélange, on fait à sa mode avec tout ce bazar.😉
L’essentiel étant de garder de la lisibilité et de la cohérence.

Si vous voulez en savoir plus : un article sur la perspective narrative que j’ai trouvé assez accessible de Jean Kaempfer & Filippo Zanghi, Section de Français de l’Université de Lausanne

https://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/pnarrative/pnintegr.html#pn020000

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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